Des applications pour une détection précoce des cancers de la peau

Outre-Atlantique, des chercheurs ont développé des applications mobiles couplées à des dermatoscopes pour aider à détecter les cancers de la peau à un stade précoce.

Une détection précoce vitale 

Les cancers cutanés sont en progression constante. Le nombre de mélanomes, la forme la plus sévère (10 % des cancers de la peau), double tous les dix ans. Or, dans 9 cas sur 10, un mélanome peut être guéri s’il est détecté à un stade précoce.

Pour les personnes à risque, la prévention repose sur l’auto-examen (règle de l’ABCDE pour les mélanomes) et la consultation d’un dermatologue, une fois par an ou en cas de modification d’un grain de beauté ou de lésions cutanées suspectes.

Des applications pour aider au dépistage

Deux systèmes combinant une application avec un outil connecté de type dermatoscope sont en cours de développement et ont pour objectif d’aider à identifier de manière précoce les cancers de la peau.

DermoScreen, une application capable de détecter les cancers de la peau ?

DermoScreen, une application développée par des chercheurs de l’Université de Houston, au Texas, permettrait d’analyser automatiquement les lésions cutanées et grains de beauté suspects pour déterminer s’ils sont susceptibles d’être cancéreux.

L’application repose sur l’utilisation d’un dermatoscope connecté au smartphone, projetant un éclairage spécial sur la zone suspecte le temps de prendre une photo. L’image est ensuite soumise à l’analyse du système expert intégré dans l’application, qui évalue en quelques secondes la dangerosité du grain de beauté ou de la lésion ainsi photographiés.

Les premiers tests auraient révélé un taux de réussite de 85 % – un taux qui serait proche, selon les chercheurs de l’Université de Houston, de celui obtenu lors d’une consultation avec un dermatologue.

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Pour le professeur Zouridakis, qui travaille sur ce projet depuis 2005, DermoScreen serait ainsi un moyen rapide et peu coûteux de détecter les mélanomes dans les régions où l’accès à un spécialiste est difficile, voire inexistant, en particulier dans les pays en développement. Le coût de la loupe spéciale reste cependant non négligeable (environ 500 $).

Le système est actuellement en cours de test au Centre de recherche sur le cancer M.D. Anderson de l’Université du Texas. Le Dr Ana Ciurea, professeur adjointe de dermatologie, précise que le projet est encore en phase de validation. Les travaux en cours se focalisent pour l’instant sur les capacités d’évaluation du risque et de dépistage précoce du mélanome. L’objectif est d’améliorer encore le taux de précision. Aucune date n’a encore été fixée pour une éventuelle commercialisation.

En parallèle, d’autres pistes sont explorées pour appliquer cette technologie à d’autres diagnostics. Une subvention publique a notamment été accordée par les NIH (National Institutes of Health) pour tester un usage permettant de diagnostiquer les ulcères de Buruli, une maladie chronique de la peau qui sévit particulièrement en Afrique sub-saharienne et qui conduit à une destruction massive des tissus, pouvant créer de graves handicaps physiques.

MoleScope, pour aider les patients à identifier les grains de beauté malins

Un autre outil similaire serait sur le point d’être lancé d’ici la fin de l’année : le MoleScope, développé par le Dr Maryam Sadeghi, chercheuse en imagerie médicale à l’Université de Surrey à Vancouver, au Canada.

Présenté comme un outil de télémédecine, ce système s’adresserait plus directement aux patients. Dans 70 % des cas, les cancers cutanés seraient détectés par les malades eux-mêmes (ou par leurs proches) mais les outils manqueraient pour aider les patients à détecter les anomalies. Le Dr Sadeghi a mis au point le MoleScope, une sorte de mini dermatoscope – doté d’un éclairage spécial et couplé à une application – qui se fixe sur l’appareil photo d’un smartphone. L’application intègre en outre un logiciel d’aide au diagnostic.

MoleScope

L’utilisateur prend une photo haute résolution de ses grains de beauté. L’application mobile contient un outil d’assistance permettant de le guider dans son auto-examen et de l’aider à détecter les cas suspects, sur la base de l’analyse des images et des algorithmes intégrés au logiciel.

Il peut ensuite stocker ses photos et envoyer les clichés des éventuels cas suspects à son médecin. Ce dernier informe le patient s’il détecte ou suspecte quoi que ce soit d’anormal et si une consultation lui semble nécessaire.

Le MoleScope est encore en phase de test et devrait arriver sur le marché outre-Atlantique avant la fin de l’année. Il est disponible en précommande sur leur site (99 $). Ultérieurement, des consultations médicales pourraient être proposées en complément de l’application.

Les risques de l’auto-diagnostic et la reconnaissance de la télémédecine

Le développement d’outils comme le DermoScreen et le MoleScope soulèvent de nombreuses questions, a fortiori s’ils sont utilisés par des non professionnels de santé.

Comme le rappelle le Professeur Olaf Dössell, interviewé par FutureMag à propos du MoleScope : « la cybermédecine ne doit pas rimer avec automédication ».  Et de mettre en garde contre les dérives de certaines applications qui peuvent rassurer faussement leurs utilisateurs.

Ces applications soulèvent également, notamment en France, la question de la reconnaissance des actes de télémédecine et de leur valorisation, qui est encore loin d’être tranchée.

Source : University of HoustonFuturMag, MoleScope.com

En images : Emission FuturMag #14 (présentation de MoleScope)

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