Dépister et suivre la maladie de Parkinson grâce à un simple appel téléphonique : bientôt possible ?

La maladie de Parkinson touche des millions de personnes dans le monde. Or le dépistage de cette maladie est difficile et souvent tardif. Une équipe de chercheurs tente de mettre au point un système qui permettrait de détecter la maladie et évaluer son évolution par l’analyse de la voix, sur la base… d’un simple coup de fil.

Parkinson : un diagnostic difficile

La maladie de Parkinson est la maladie neuro-dégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer. Elle toucherait aujourd’hui 6,3 millions de personnes dans le monde, et plus de 150 000 en France. Il n’existe à ce jour aucun traitement curatif. Sa prise en charge permet tout au mieux de retarder sa progression et d’atténuer les symptômes. Cependant, plus la maladie est identifiée tôt, plus le traitement médicamenteux sera efficace, d’où l’importance de la dépister le plus en amont possible.

Il n’existe pas de marqueur biologique pour la détecter (par exemple par analyse de sang). Le diagnostic et l’évaluation de la progression reposent essentiellement sur l’examen clinique, qui nécessite la consultation d’un spécialiste. Une démarche parfois compliquée, notamment dans certaines régions du globe. Parmi les symptômes les plus fréquemment observés : tremblements au repos, rigidité musculaire et lenteur des mouvements.

Max Little, un Britannique assistant professeur de mathématiques appliquées au prestigieux MIT (Institut de technologie du Massachusetts), pourrait être sur la piste d’une véritable révolution. En 2012, il lance un programme de recherche visant à dépister cette maladie par l’analyse de simples messages vocaux. En effet, la voix des patients atteints aurait également des faiblesses et des tremblements et serait un bon marqueur de la maladie, peut-être même un des premiers détectables.

Parkinson’s Voice Initiative : des résultats encourageants

Son premier projet, la Parkinson’s Voice Initiative (PVI), visait à récolter 10 000 échantillons de voix de personnes, atteintes ou non, pour en tirer des algorithmes capables de détecter des altérations de la voix propres à la maladie. Au final, 17 000 personnes ont laissé un échantillon vocal et répondu aux quelques questions associées pour alimenter ce « Machine Learning » et affiner les algorithmes. Les résultats en conditions de laboratoire sont très encourageants, le taux de détection de la maladie approchant les 98,6 %. Reste à évaluer dans quelle mesure un enregistrement en conditions réelles altère la qualité du son et donc, la capacité de dépistage (des recherches sont encore en cours sur ce point).

Patient Voice Analysis : des perspectives prometteuses 

Près de deux ans plus tard, en février 2014, Max Little lance un nouveau projet de crowdsourcing, le Patient Voice Analysis (PVA), avec trois partenaires : Twilio, un fournisseur de services de téléphonie dans le cloud, le réseau social de patients PatientsLikeMe et Sage Bionetworks, un organisme de recherche médicale à but non lucratif. L’objectif est d’aller plus loin et d’essayer d’apprendre à identifier – grâce à la voix – le stade de la maladie, son évolution et la réponse au traitement dans la durée.

Toute personne déjà diagnostiquée de la maladie de Parkinson peut participer au projet. Pour ce faire, elle doit :

  • remplir un formulaire sur le site de PatientsLikeMe en fournissant des informations sur l’évolution de la maladie ;
  • appeler un numéro de téléphone dédié pour réaliser un enregistrement de sa voix (le son « ahhh » maintenu pendant 20 à 30 secondes).

Les informations (échantillon vocal + formulaire) sont ensuite envoyées sur la plateforme de recherche de Sage Bionetworks puis comparées et analysées par l’équipe de chercheurs du projet (ces données, anonymisées, seront ensuite mises à disposition d’équipes de chercheurs en-dehors du projet PVA).

A terme, Max Little voudrait être capable de proposer un outil de diagnostic et de suivi de l’évolution des symptômes sur simple enregistrement vocal. Il serait accessible à tous, via un numéro d’appel ou une application.

Les avantages d’un tel outil seraient multiples : déploiement rapidement opérationnel, coût de dépistage très faible, couverture de territoires et de populations isolées – notamment dans les régions du monde aux infrastructures sanitaires insuffisantes voire inexistantes – diagnostic facilité et plus précoce pour une prise en charge plus efficace, suivi de la maladie facilité… sans oublier qu’une telle initiative pourrait faire avancer la recherche pharmaceutique sur cette maladie grâce à l’exploitation des données récoltées à grande échelle.

Sources : Stanford Journal Of Public Healththeguardian et PatientsLikeMe 

En images : une interview de Max Little (en anglais)

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