La Mayo Clinic lance un « assistant personnel de santé » via une application mobile.

L’établissement de soins à la renommée internationale s’est associé à Better, une startup de la Silicon Valley, pour lancer une application permettant de mieux gérer sa santé via son smartphone. Disponible sur l’App Store d’Apple, une version gratuite permet d’accéder à des articles, à des fiches de conseil et à un outil d’analyse des symptômes. La version payante propose en plus les services d’un assistant personnel et la possibilité de contacter une infirmière de la Mayo Clinic 24h/24.

L’application se veut ludique et intuitive et les thèmes abordés sont très larges : des informations sur les médicaments, mais aussi des conseils pour mener une vie plus saine, des exercices pour améliorer sa mémoire, des rappels « saisonniers » (vaccins de rentrée des classes pour les enfants ou vaccin contre la grippe pour les personnes à risque), ou encore des recommandations… pour améliorer son sens de l’humour.

En outre, l’utilisateur peut, s’il le souhaite, renseigner des données de nature médicale (allergie, régime alimentaire particulier, maladie chronique, …) et bénéficier ainsi de conseils plus personnalisés. Des questions sont également régulièrement posées à l’utilisateur pour personnaliser davantage les informations qui lui sont proposées.

Il est également possible de saisir directement une question de santé dans un champ de recherche, l’application proposant ensuite des réponses possibles triées par catégorie. Ce qui fait dire à Geoffrey Clapp, co-fondateur de Better, que l’application serait en quelque sorte un « Siri de la santé », du nom de l’assistant personnel vocal intelligent d’Apple capable de répondre à des requêtes simples.

L’outil d’analyse de symptômes est un outil d’aide à l’orientation des utilisateurs. Sur la base des renseignements saisis (symptômes : nature, durée, facteur déclenchants, …), l’application lui fournit des hypothèses et les éventuelles démarches nécessaires.

Un abonnement mensuel (49,99 $/mois, soit environ 35 euros) permet à l’utilisateur d’accéder à des services premium. Il pourra alors avoir accès à toute heure à un « assistant personnel », qui lui apportera son aide pour trouver un médecin*, gérer sa mutuelle de santé ou encore contacter une infirmière de la Mayo Clinic, disponible 24h/24, 7j/7. D’autres abonnements, aux tarifs beaucoup plus élevés, pourraient voir le jour et donner, par exemple, accès 24h/24 directement à un médecin de la Mayo Clinic (l’offre tarifaire devrait être finalisée d’ici la fin de l’été).

*Cette fonctionnalité est particulièrement adaptée au système de santé américain, où la recherche d’un professionnel de santé dont les honoraires soient bien remboursés par l’assurance du patient est parfois longue et compliquée.

Source: MobiHealthNews

En images : une vidéo de présentation 

Une application mobile pour aider les personnes atteintes de trouble bipolaire

Des chercheurs de l’université du Michigan ont mis au point une application mobile pour aider les personnes souffrant de trouble bipolaire à suivre et contrôler leurs fluctuations d’humeur. Leur objectif est de fournir un outil permettant, à terme, d’anticiper les récidives, pour mieux les traiter.

Le trouble bipolaire : une maladie aux effets dévastateurs

Le trouble bipolaire est un trouble mental affectant la régulation de l’humeur. Selon l’HAS, il toucherait environ 1 % de la population. Sous sa forme la plus typique, il se caractérise par une alternance de périodes d’excitation (phase maniaque) et de périodes de dépression (phase dépressive), entrecoupées de périodes de stabilité. La durée et la fréquence de chaque phase sont très variables d’un patient à un autre.

Ces troubles peuvent avoir des conséquences importantes sur la vie professionnelle, familiale et sociale des personnes qui en souffrent. Les effets peuvent être dévastateurs et le risque suicidaire est particulièrement élevé : entre 15 et 20 % des bipolaires décéderaient par suicide.

Des signes précurseurs d’une rechute perceptibles dans la voix ?

Melvin McInnis, psychiatre à l’université du Michigan, est parti d’un constat : les proches des personnes souffrant de trouble bipolaire sont parfois capables de détecter précocement une récidive. Ils connaissent en effet très bien le patient et arrivent à détecter d’infimes changements survenant avant une rechute, notamment dans sa voix et sa façon de s’exprimer. Le patient lui-même en est rarement conscient. La voix pourrait donc être, selon le psychiatre, l’une des clés pour détecter les signes précurseurs d’une rechute.

Alors pourquoi ne pas essayer d’automatiser cette détection en utilisant la puissance d’algorithmes basés sur l’analyse de la voix et le machine learning (apprentissage automatique) ? Avec deux autres chercheurs de l’université du Michigan, le Dr McInnis a donc développé une application qui permet de surveiller la voix du patient lors de ses conversations téléphoniques quotidiennes, à la recherche de ces signes précurseurs.

L’enjeu est de taille : une détection précoce des rechutes permettrait au patient, à son entourage et à l’équipe soignante de mieux anticiper la prise en charge et d’améliorer l’efficacité du traitement. Et, dans certains cas, d’éviter l’irréparable.

Une application pour enregistrer et analyser les conversations téléphoniques

La technologie utilisée en est encore à une phase expérimentale. L’application développée pour l’instant enregistre la voix des patients à chaque appel. Les enregistrements sont envoyés à un laboratoire de recherche de l’université du Michigan App Priori Trouble Bipolaireet soumis à un programme qui décortique les caractéristiques physiques de la voix. Des entretiens hebdomadaires sont également prévus avec un clinicien et sont utilisés pour établir une corrélation entre les propriétés acoustiques de la voix du patient et son humeur, afin de fournir une base de référence.

L’objectif est que l’application puisse à terme identifier automatiquement les signes précurseurs et, en cas de détection de ces signes, envoyer une alerte au patient et / ou à une personne préalablement identifiée pour anticiper au mieux une éventuelle rechute.

Des premiers résultats prometteurs, mais insuffisants

L’application doit encore faire l’objet de nombreux tests, mais les premiers résultats réalisés sur un petit groupe de patients seraient encourageants. Les chercheurs concèdent cependant qu’il est beaucoup plus facile de détecter les signes précurseurs de la phase maniaque, la phase dépressive restant beaucoup plus difficile à appréhender à ce stade de leurs recherches.

L’étude va se poursuivre avec 60 patients bipolaires suivis au Depression Center de l’université de Michigan, pour améliorer l’application et affiner les algorithmes.

Reste à savoir si les patients ne seront pas perturbés à l’idée que chacune de leur conversation est enregistrée, même si les chercheurs assurent que ces conversations sont cryptées et que personne n’y a accès (seul le résultat de l’analyse des enregistrements est transmis, les enregistrements eux-mêmes étant stockés sur des serveurs sécurisés).

Une application pour d’autres pathologies ?

Le Dr McInnis espère que cette technologie pourra ensuite être utilisée pour d’autres maladies impliquant des modifications dans la voix des patients : de la schizophrénie au trouble de stress post-traumatique, en passant par la maladie de Parkinson.

L’université du Michigan n’est d’ailleurs pas la seule à travailler sur l’analyse de la voix : Max Little, un mathématicien britannique, est par exemple à l’origine de plusieurs projets dont l’objectif est de trouver un moyen de détecter les signes précoces de la maladie de Parkinson via un simple appel téléphonique.

Sources: University of MichiganFastCoexist.com

Sur le même thème : HAS – Guide maladie chronique – Troubles bipolaires

Des applications pour une détection précoce des cancers de la peau

Outre-Atlantique, des chercheurs ont développé des applications mobiles couplées à des dermatoscopes pour aider à détecter les cancers de la peau à un stade précoce.

Une détection précoce vitale 

Les cancers cutanés sont en progression constante. Le nombre de mélanomes, la forme la plus sévère (10 % des cancers de la peau), double tous les dix ans. Or, dans 9 cas sur 10, un mélanome peut être guéri s’il est détecté à un stade précoce.

Pour les personnes à risque, la prévention repose sur l’auto-examen (règle de l’ABCDE pour les mélanomes) et la consultation d’un dermatologue, une fois par an ou en cas de modification d’un grain de beauté ou de lésions cutanées suspectes.

Des applications pour aider au dépistage

Deux systèmes combinant une application avec un outil connecté de type dermatoscope sont en cours de développement et ont pour objectif d’aider à identifier de manière précoce les cancers de la peau.

DermoScreen, une application capable de détecter les cancers de la peau ?

DermoScreen, une application développée par des chercheurs de l’Université de Houston, au Texas, permettrait d’analyser automatiquement les lésions cutanées et grains de beauté suspects pour déterminer s’ils sont susceptibles d’être cancéreux.

L’application repose sur l’utilisation d’un dermatoscope connecté au smartphone, projetant un éclairage spécial sur la zone suspecte le temps de prendre une photo. L’image est ensuite soumise à l’analyse du système expert intégré dans l’application, qui évalue en quelques secondes la dangerosité du grain de beauté ou de la lésion ainsi photographiés.

Les premiers tests auraient révélé un taux de réussite de 85 % – un taux qui serait proche, selon les chercheurs de l’Université de Houston, de celui obtenu lors d’une consultation avec un dermatologue.

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Pour le professeur Zouridakis, qui travaille sur ce projet depuis 2005, DermoScreen serait ainsi un moyen rapide et peu coûteux de détecter les mélanomes dans les régions où l’accès à un spécialiste est difficile, voire inexistant, en particulier dans les pays en développement. Le coût de la loupe spéciale reste cependant non négligeable (environ 500 $).

Le système est actuellement en cours de test au Centre de recherche sur le cancer M.D. Anderson de l’Université du Texas. Le Dr Ana Ciurea, professeur adjointe de dermatologie, précise que le projet est encore en phase de validation. Les travaux en cours se focalisent pour l’instant sur les capacités d’évaluation du risque et de dépistage précoce du mélanome. L’objectif est d’améliorer encore le taux de précision. Aucune date n’a encore été fixée pour une éventuelle commercialisation.

En parallèle, d’autres pistes sont explorées pour appliquer cette technologie à d’autres diagnostics. Une subvention publique a notamment été accordée par les NIH (National Institutes of Health) pour tester un usage permettant de diagnostiquer les ulcères de Buruli, une maladie chronique de la peau qui sévit particulièrement en Afrique sub-saharienne et qui conduit à une destruction massive des tissus, pouvant créer de graves handicaps physiques.

MoleScope, pour aider les patients à identifier les grains de beauté malins

Un autre outil similaire serait sur le point d’être lancé d’ici la fin de l’année : le MoleScope, développé par le Dr Maryam Sadeghi, chercheuse en imagerie médicale à l’Université de Surrey à Vancouver, au Canada.

Présenté comme un outil de télémédecine, ce système s’adresserait plus directement aux patients. Dans 70 % des cas, les cancers cutanés seraient détectés par les malades eux-mêmes (ou par leurs proches) mais les outils manqueraient pour aider les patients à détecter les anomalies. Le Dr Sadeghi a mis au point le MoleScope, une sorte de mini dermatoscope – doté d’un éclairage spécial et couplé à une application – qui se fixe sur l’appareil photo d’un smartphone. L’application intègre en outre un logiciel d’aide au diagnostic.

MoleScope

L’utilisateur prend une photo haute résolution de ses grains de beauté. L’application mobile contient un outil d’assistance permettant de le guider dans son auto-examen et de l’aider à détecter les cas suspects, sur la base de l’analyse des images et des algorithmes intégrés au logiciel.

Il peut ensuite stocker ses photos et envoyer les clichés des éventuels cas suspects à son médecin. Ce dernier informe le patient s’il détecte ou suspecte quoi que ce soit d’anormal et si une consultation lui semble nécessaire.

Le MoleScope est encore en phase de test et devrait arriver sur le marché outre-Atlantique avant la fin de l’année. Il est disponible en précommande sur leur site (99 $). Ultérieurement, des consultations médicales pourraient être proposées en complément de l’application.

Les risques de l’auto-diagnostic et la reconnaissance de la télémédecine

Le développement d’outils comme le DermoScreen et le MoleScope soulèvent de nombreuses questions, a fortiori s’ils sont utilisés par des non professionnels de santé.

Comme le rappelle le Professeur Olaf Dössell, interviewé par FutureMag à propos du MoleScope : « la cybermédecine ne doit pas rimer avec automédication ».  Et de mettre en garde contre les dérives de certaines applications qui peuvent rassurer faussement leurs utilisateurs.

Ces applications soulèvent également, notamment en France, la question de la reconnaissance des actes de télémédecine et de leur valorisation, qui est encore loin d’être tranchée.

Source : University of HoustonFuturMag, MoleScope.com

En images : Emission FuturMag #14 (présentation de MoleScope)

Dépister et suivre la maladie de Parkinson grâce à un simple appel téléphonique : bientôt possible ?

La maladie de Parkinson touche des millions de personnes dans le monde. Or le dépistage de cette maladie est difficile et souvent tardif. Une équipe de chercheurs tente de mettre au point un système qui permettrait de détecter la maladie et évaluer son évolution par l’analyse de la voix, sur la base… d’un simple coup de fil.

Parkinson : un diagnostic difficile

La maladie de Parkinson est la maladie neuro-dégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer. Elle toucherait aujourd’hui 6,3 millions de personnes dans le monde, et plus de 150 000 en France. Il n’existe à ce jour aucun traitement curatif. Sa prise en charge permet tout au mieux de retarder sa progression et d’atténuer les symptômes. Cependant, plus la maladie est identifiée tôt, plus le traitement médicamenteux sera efficace, d’où l’importance de la dépister le plus en amont possible.

Il n’existe pas de marqueur biologique pour la détecter (par exemple par analyse de sang). Le diagnostic et l’évaluation de la progression reposent essentiellement sur l’examen clinique, qui nécessite la consultation d’un spécialiste. Une démarche parfois compliquée, notamment dans certaines régions du globe. Parmi les symptômes les plus fréquemment observés : tremblements au repos, rigidité musculaire et lenteur des mouvements.

Max Little, un Britannique assistant professeur de mathématiques appliquées au prestigieux MIT (Institut de technologie du Massachusetts), pourrait être sur la piste d’une véritable révolution. En 2012, il lance un programme de recherche visant à dépister cette maladie par l’analyse de simples messages vocaux. En effet, la voix des patients atteints aurait également des faiblesses et des tremblements et serait un bon marqueur de la maladie, peut-être même un des premiers détectables.

Parkinson’s Voice Initiative : des résultats encourageants

Son premier projet, la Parkinson’s Voice Initiative (PVI), visait à récolter 10 000 échantillons de voix de personnes, atteintes ou non, pour en tirer des algorithmes capables de détecter des altérations de la voix propres à la maladie. Au final, 17 000 personnes ont laissé un échantillon vocal et répondu aux quelques questions associées pour alimenter ce « Machine Learning » et affiner les algorithmes. Les résultats en conditions de laboratoire sont très encourageants, le taux de détection de la maladie approchant les 98,6 %. Reste à évaluer dans quelle mesure un enregistrement en conditions réelles altère la qualité du son et donc, la capacité de dépistage (des recherches sont encore en cours sur ce point).

Patient Voice Analysis : des perspectives prometteuses 

Près de deux ans plus tard, en février 2014, Max Little lance un nouveau projet de crowdsourcing, le Patient Voice Analysis (PVA), avec trois partenaires : Twilio, un fournisseur de services de téléphonie dans le cloud, le réseau social de patients PatientsLikeMe et Sage Bionetworks, un organisme de recherche médicale à but non lucratif. L’objectif est d’aller plus loin et d’essayer d’apprendre à identifier – grâce à la voix – le stade de la maladie, son évolution et la réponse au traitement dans la durée.

Toute personne déjà diagnostiquée de la maladie de Parkinson peut participer au projet. Pour ce faire, elle doit :

  • remplir un formulaire sur le site de PatientsLikeMe en fournissant des informations sur l’évolution de la maladie ;
  • appeler un numéro de téléphone dédié pour réaliser un enregistrement de sa voix (le son « ahhh » maintenu pendant 20 à 30 secondes).

Les informations (échantillon vocal + formulaire) sont ensuite envoyées sur la plateforme de recherche de Sage Bionetworks puis comparées et analysées par l’équipe de chercheurs du projet (ces données, anonymisées, seront ensuite mises à disposition d’équipes de chercheurs en-dehors du projet PVA).

A terme, Max Little voudrait être capable de proposer un outil de diagnostic et de suivi de l’évolution des symptômes sur simple enregistrement vocal. Il serait accessible à tous, via un numéro d’appel ou une application.

Les avantages d’un tel outil seraient multiples : déploiement rapidement opérationnel, coût de dépistage très faible, couverture de territoires et de populations isolées – notamment dans les régions du monde aux infrastructures sanitaires insuffisantes voire inexistantes – diagnostic facilité et plus précoce pour une prise en charge plus efficace, suivi de la maladie facilité… sans oublier qu’une telle initiative pourrait faire avancer la recherche pharmaceutique sur cette maladie grâce à l’exploitation des données récoltées à grande échelle.

Sources : Stanford Journal Of Public Healththeguardian et PatientsLikeMe 

En images : une interview de Max Little (en anglais)